Ma croix à porter ? …Moi même !
auteur: Naoual Khouja (n.khouja@aui.ma)
Casablanca, 3 heures de l’après midi. Fahd et moi même sommes assis à un café. On observe les passants aller et venir dans une valse sans fin. Je me tourne vers Fahd et lui demande : « Dis moi ce que tu ressens » ! Il a du mal à répondre comme s’il ne trouvait pas ses mots. Il esquisse un sourire figé et répond avec nonchalance : « Ca va ! ». Il continue à admirer la fameuse valse quant à moi je ne peux m’empêcher de penser à lui, fervente empathique que je suis, j’imagine ce qu’il doit vraiment ressentir. Comme n’importe quel homosexuel Marocain il doit être rongé par la haine et la honte ou un mélange des deux, enfin je ne sais pas trop. Etre membre d’une société et marginal à la fois, telle est la controverse.
En tant qu’homosexuel, Fahd est désappointé et déçu car il fait partie d’une société qui le marginalise pour être venu au monde. Si certains estiment que l’homosexualité est un « style de vie », Fahd serait le premier à argumenter que le prix de ce choix est trop cher payé. Je me demande : comment peut-il vivre et s’épanouir dans l’anonymat ?
Il n’y a pas d’estimation quant au nombre d’homosexuels au Maroc, cependant certains anthropologistes qui se sont penchés sur cette notion telle que Leonard Shlain ont affirmé qu’environ 4% de l’humanité était « gaie ». Selon lui, l’homosexualité a une cause chimique donc il est absurde de juger ces personnes moralement. Il est donc difficile de clamer que c’est un choix qu’ils ont entrepris, il a été entrepris pour eux. Schlain ajoute également que ces derniers occupent un certain statut dans la société et la culture humaine qui serait du coup moins glorieuse sans leur présence. Dans son dernier roman « Da Vinci Code », Dan Brown, a avancé que Leonard de Vinci était lui même homosexuel. A travers son plus somptueux chef d’œuvre « La Joconde », il véhicule l’idée que un homosexuel est un être d’exception puisqu’il possède des attributs males et femelles. Il considère que ce n’est pas un défaut mais plutôt une forme particulière de perfection.
Une parente me parlai l’autre jour d’un personnage tout à fait fascinant : une danseuse travestie connue et « apprécie » dans tout le pays. Je me suis tout de suite demandée pourquoi la société est elle si contradictoire ? Pourquoi tolérer un travesti et renier un homosexuel « basique » ? Et la réponse me vint tel un boomerang, la société marocaine par sa culture renie le bizarre, les travestis ont longtemps été considérés comme des bêtes de scène, on les trouve partout à Jamaa El Fna par exemple et dans plusieurs cabarets casablancais. Ces personnes là amusent et de ce fait ne constituent pas un grand danger car ils ne sont pas pris au sérieux, on a une tendance à penser qu’ils font même du cinéma. Or des personnes comme Fahd sont bien réelles, l’ennui c’est qu’on ne peut les reconnaître donc on ne peut les éviter.
Fahd m’a avoué qu’il fréquentait quelqu’un, « son ami » dit-il d’un ton presque normal. Je ne puis m’empêcher de poser la question : c’est comment ? Il me répond d’un air amusé « Je dis à tout le monde que c’est une copine, et je leur raconte mon histoire à un détail près, ce n’est pas une fille mais un garçon ». Au début, j’ai trouvé cela sordide mais je pense aujourd’hui qu’avec du recul tout le monde en ferait de même. Voici donc le topo : naître, grandir et vivre dans le mensonge tel est son destin. Quelqu’un ma dit un jour que chacun avait sa croix à porter, la sienne est la pire qui soit. Selon notre société Fahd souffre d’un mal, selon moi c’est cette société le véritable mal. Aujourd’hui les gens boivent, trompent leur femmes ou hommes, volent, tuent, tout est permis, cependant les souffres douleurs sont parmi d’autres bien sur, les homosexuels. Mais pourquoi cela est il ?
Fahd et moi même décidons de faire un petit tour, en marchant nous observons les gens autour de nous. Je me demande alors : « Que pense Fahd de ces regards ? Est il mal à l’aise ? ». Je lui pose la question, et il rétorque de manière détachée « un peu ». En effet, la société marocaine est gorgée de tabous ce qui crée automatiquement chez les personnes enfreignant ces tabous un sentiment de paranoïa. Une amie de Fahd avance que les regards dédaigneux de la société sont tels des épées de Damoclès, on se demande quand vont ils nous achever. Ceci me pousse à réfléchir, faut il vraiment se fier ou avoir peur d’une société qui de toutes les manières restera toujours moqueuse et dédaigneuse ?
Soudain, ma pensée est interrompue par l’entrée en scène d’un personnage fascinant. En effet, alors que j’errais avec Fahd, il s’arrêta, traversa une ruelle et salua un jeune homme. Beau garçon, élégant et impressionnant de par sa carrure, son charisme et sa présence m’ont tout de suite fascinée. Plus tard, j’appris que ce même jeune homme n’est autre que son ami. Cela fera bientôt un deux ans qu’ils se fréquentent et d’après Fahd leur relation est on ne peut plus sérieuse. Pendant qu’ils se parlaient l’on arrivait à reconnaître dans leurs attitudes ces petits gestes et ces petites attentions que l’on retrouve dans n’importe quel couple « normal », cependant ces gestes étaient calculés car ils étaient sujets à des pressions que sont les apparences. Si je devais en arriver à une conclusion, ce serait que l’amour ne se conforme pas à des règles préétablies, et peut prendre des formes inattendues qui ne sont pas forcément approuvées par la société dans laquelle nous vivons. Donc, l’homosexualité de ce fait ne devient pas une tare comme argumenterait certains mais plutôt un choix ou une nature à assumer et à vivre pleinement. Une société qui renie donc un sentiment « anormal », s’atrophie de composants essentiels qui font son humanité et sa grandeur.
Lorsque je demande à Fahd ce qu’il souhaite avant tout, il répond d’un ton ou l’enjouement et la crainte sont mélangés : « je souhaite vivre heureux et partager mes joies et mes frayeurs avec celui que j’aime ». Apres tout n’est ce pas notre désir à tous ? Pourquoi se permettre un bonheur dont on prive les autres ? Bien sur que dans ce cas d’autres considérations entrent en jeu telles que la religion ou encore les mœurs, mais essayons toutefois de laisser le champ libre à l’être humain de décider de sa vie. Apres tout l’un des principes prônés par toutes les religions n’est il pas le Libre Arbitre ?
Casablanca, 3 heures de l’après midi. Fahd et moi même sommes assis à un café. On observe les passants aller et venir dans une valse sans fin. Je me tourne vers Fahd et lui demande : « Dis moi ce que tu ressens » ! Il a du mal à répondre comme s’il ne trouvait pas ses mots. Il esquisse un sourire figé et répond avec nonchalance : « Ca va ! ». Il continue à admirer la fameuse valse quant à moi je ne peux m’empêcher de penser à lui, fervente empathique que je suis, j’imagine ce qu’il doit vraiment ressentir. Comme n’importe quel homosexuel Marocain il doit être rongé par la haine et la honte ou un mélange des deux, enfin je ne sais pas trop. Etre membre d’une société et marginal à la fois, telle est la controverse.
En tant qu’homosexuel, Fahd est désappointé et déçu car il fait partie d’une société qui le marginalise pour être venu au monde. Si certains estiment que l’homosexualité est un « style de vie », Fahd serait le premier à argumenter que le prix de ce choix est trop cher payé. Je me demande : comment peut-il vivre et s’épanouir dans l’anonymat ?
Il n’y a pas d’estimation quant au nombre d’homosexuels au Maroc, cependant certains anthropologistes qui se sont penchés sur cette notion telle que Leonard Shlain ont affirmé qu’environ 4% de l’humanité était « gaie ». Selon lui, l’homosexualité a une cause chimique donc il est absurde de juger ces personnes moralement. Il est donc difficile de clamer que c’est un choix qu’ils ont entrepris, il a été entrepris pour eux. Schlain ajoute également que ces derniers occupent un certain statut dans la société et la culture humaine qui serait du coup moins glorieuse sans leur présence. Dans son dernier roman « Da Vinci Code », Dan Brown, a avancé que Leonard de Vinci était lui même homosexuel. A travers son plus somptueux chef d’œuvre « La Joconde », il véhicule l’idée que un homosexuel est un être d’exception puisqu’il possède des attributs males et femelles. Il considère que ce n’est pas un défaut mais plutôt une forme particulière de perfection.
Une parente me parlai l’autre jour d’un personnage tout à fait fascinant : une danseuse travestie connue et « apprécie » dans tout le pays. Je me suis tout de suite demandée pourquoi la société est elle si contradictoire ? Pourquoi tolérer un travesti et renier un homosexuel « basique » ? Et la réponse me vint tel un boomerang, la société marocaine par sa culture renie le bizarre, les travestis ont longtemps été considérés comme des bêtes de scène, on les trouve partout à Jamaa El Fna par exemple et dans plusieurs cabarets casablancais. Ces personnes là amusent et de ce fait ne constituent pas un grand danger car ils ne sont pas pris au sérieux, on a une tendance à penser qu’ils font même du cinéma. Or des personnes comme Fahd sont bien réelles, l’ennui c’est qu’on ne peut les reconnaître donc on ne peut les éviter.
Fahd m’a avoué qu’il fréquentait quelqu’un, « son ami » dit-il d’un ton presque normal. Je ne puis m’empêcher de poser la question : c’est comment ? Il me répond d’un air amusé « Je dis à tout le monde que c’est une copine, et je leur raconte mon histoire à un détail près, ce n’est pas une fille mais un garçon ». Au début, j’ai trouvé cela sordide mais je pense aujourd’hui qu’avec du recul tout le monde en ferait de même. Voici donc le topo : naître, grandir et vivre dans le mensonge tel est son destin. Quelqu’un ma dit un jour que chacun avait sa croix à porter, la sienne est la pire qui soit. Selon notre société Fahd souffre d’un mal, selon moi c’est cette société le véritable mal. Aujourd’hui les gens boivent, trompent leur femmes ou hommes, volent, tuent, tout est permis, cependant les souffres douleurs sont parmi d’autres bien sur, les homosexuels. Mais pourquoi cela est il ?
Fahd et moi même décidons de faire un petit tour, en marchant nous observons les gens autour de nous. Je me demande alors : « Que pense Fahd de ces regards ? Est il mal à l’aise ? ». Je lui pose la question, et il rétorque de manière détachée « un peu ». En effet, la société marocaine est gorgée de tabous ce qui crée automatiquement chez les personnes enfreignant ces tabous un sentiment de paranoïa. Une amie de Fahd avance que les regards dédaigneux de la société sont tels des épées de Damoclès, on se demande quand vont ils nous achever. Ceci me pousse à réfléchir, faut il vraiment se fier ou avoir peur d’une société qui de toutes les manières restera toujours moqueuse et dédaigneuse ?
Soudain, ma pensée est interrompue par l’entrée en scène d’un personnage fascinant. En effet, alors que j’errais avec Fahd, il s’arrêta, traversa une ruelle et salua un jeune homme. Beau garçon, élégant et impressionnant de par sa carrure, son charisme et sa présence m’ont tout de suite fascinée. Plus tard, j’appris que ce même jeune homme n’est autre que son ami. Cela fera bientôt un deux ans qu’ils se fréquentent et d’après Fahd leur relation est on ne peut plus sérieuse. Pendant qu’ils se parlaient l’on arrivait à reconnaître dans leurs attitudes ces petits gestes et ces petites attentions que l’on retrouve dans n’importe quel couple « normal », cependant ces gestes étaient calculés car ils étaient sujets à des pressions que sont les apparences. Si je devais en arriver à une conclusion, ce serait que l’amour ne se conforme pas à des règles préétablies, et peut prendre des formes inattendues qui ne sont pas forcément approuvées par la société dans laquelle nous vivons. Donc, l’homosexualité de ce fait ne devient pas une tare comme argumenterait certains mais plutôt un choix ou une nature à assumer et à vivre pleinement. Une société qui renie donc un sentiment « anormal », s’atrophie de composants essentiels qui font son humanité et sa grandeur.
Lorsque je demande à Fahd ce qu’il souhaite avant tout, il répond d’un ton ou l’enjouement et la crainte sont mélangés : « je souhaite vivre heureux et partager mes joies et mes frayeurs avec celui que j’aime ». Apres tout n’est ce pas notre désir à tous ? Pourquoi se permettre un bonheur dont on prive les autres ? Bien sur que dans ce cas d’autres considérations entrent en jeu telles que la religion ou encore les mœurs, mais essayons toutefois de laisser le champ libre à l’être humain de décider de sa vie. Apres tout l’un des principes prônés par toutes les religions n’est il pas le Libre Arbitre ?
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